2 décembre 2016 – Réalité, filtres médiatiques et bataille des idées

Publié le 2 décembre 2016 par Bruno Racouchot

Dans deux de ses toutes récentes notes d’alerte de la revue Sécurité Globale intitulées La Bataille des idées, le criminologue Xavier Raufer met clairement en évidence les liens qui unissent prédateurs financiers, hommes politiques et journalistes. Pointant tour à tour « Lénine, Soros et la fragmentation du monde » et « Brexit, Trump et journalisme de connivence », Xavier Raufer montre à quel point le jeu des idées visant à définir les règles de ce qu’il est convenu de penser – et ensuite de faire – permet de dresser les opinons publiques et les marchés. Ou plutôt permettait. Car il semblerait que le discrédit qui touche aujourd’hui les médias et les prétendues « élites » dirigeantes soit un phénomène de réaction à l’échelle mondiale. 

A y regarder de près, les opinion makers sont en fait déconnectés du réel. Qu’ils soient sondeurs ou journalistes, experts ou « autorités morales », hommes politiques ou figures médiatiques, ils vivent dans une sphère coupée des réalités du monde. Analysant les réactions au Brexit et à l’élection de Donald Trump, Xavier Raufer constate : « Stupeur et drame dans les médias-des-milliardaires. « Uberisés », perdus dans un cyber-monde qu’ils ne maîtrisent ni ne comprennent, ils se plantent à répétition – sans réaliser pourquoi. Dans un charitable esprit d’assistance, nous allons tout leur expliquer. Car le discrédit les accable bel et bien : selon un récent sondage, 7 français sur 10 n’ont plus en eux nulle confiance. Pire encore pour leurs copains politiciens et maîtres milliardaires. » Xavier Raufer démonte donc le processus et leur explique que, ce qui les accable « s’appelle la réalité du monde ; et ce qui provoque ces plantages, c’est l’aveuglement. Ce déni du réel est aussi vieux que l’homme ; il frappe juste plus fort et se propage plus vite dans la société de l’information. »

Maîtrisant tant les arcanes de l’histoire que celles de la philosophie, Xavier Raufer rappelle ce qu’évoquait déjà Tocqueville dans L’ancien régime et la révolution : « Il est curieux de voir dans quelle sécurité étrange vivaient tous ceux qui occupaient les étages supérieurs et moyens de l’édifice social au moment même où la Révolution commençait, et de les entendre discourant ingénieusement entre eux sur les vertus du peuple, sur sa douceur, son dévouement, ses innocents plaisirs ; quand déjà 93 est sous leurs pieds : spectacle ridicule et terrible ». Et Xavier Raufer de rappeler que dans Guerre et Paix, Tolstoï décrit aussi l’insouciance des moscovites quand Napoléon approche de Moscou. Et qu’en mai 1453, l’élite byzantine disserte du sexe des anges, alors que l’armée de Mehmet II assiège Constantinople…

Pour en revenir à notre temps et à la problématique de Communication & Influence qui nous intéresse ici, Xavier Raufer rappelle que « ces médias désormais sous contrôle, au service de ploutocrates qui laissent agir leurs chiens de garde tant que ça les arrange, furent à l’origine créés pour in-former le public. Mais désormais, ces médias ont muté en un monstre aveugle qui prend ses lubies, phobies et fantasmes pour la vie vécue des vrais gens.  Or l’incapacité à percevoir à temps le réel condamne tout système, tout régime. » Les liens qui unissent prédateurs financiers et univers médiatique sont en réalité fort simples et relèvent de la logique « qui paye commande ». Il ne s’agit plus en l’occurrence d’informer, mais de formater. Ainsi, « jouant les bienfaiteurs planétaires, ces milliardaires conduisent leurs raids financiers depuis des forteresses ultra-sécurisées, usant de dispositifs impénétrables aux Etats et régulateurs. Sinon, ils font la morale à tout un chacun, avec leurs « fondations charitables » et leurs médias soudoyés. Une « philanthropie » qui fait moins vampire et plus père Noël, les présente en « investisseurs-philanthropes », non en « ploutocrates ». »

Xavier Raufer ayant coutume d’appeler un chat un chat, donne un exemple précis en la personne du sulfureux milliardaire Georges Soros, « père spirituel de cet anarcho-capitalisme », lequel, au travers de sa fondation Open Society Justice Initiative finance d’innombrables opérations d’influence visant à fragiliser, entre autres, « l’État-nation français, seul rempart contre les anarchies coalisées de Wall Street et des quartiers hors contrôle. » Le pire est que l’on détient aujourd’hui bel et bien les preuves de cette collusion entre prédateurs financiers et médias aux ordres. Ces preuves existent, « par milliers encore, courriels, bilan financiers. Car voici peu, les bienfaisants hackers du groupe DCLeaks ont pompé le discret dispositif de financement des « charities » de M. Soros. Consultez le site http://soros.dcleaks.com : vous verrez et saurez tout. Vous serez édifiés. En prime, vous constaterez la complicité entre M. Soros et ces médias-des-milliardaires qui en ont fait des tonnes – à juste titre – sur Panama Leaks, mais censurent toute allusion à DCLeaks et aux magouilles-Soros. Ce silence complice vaut tous les aveux. »

En janvier 2014, dans l’entretien qu’il nous avait accordé pour Communication & Influence (n°51, janvier 2014), Xavier Raufer montrait clairement que prévention des risques criminels et communication d’influence fonctionnaient parfaitement en binôme. « Les criminels sont comme des hyènes à l’affût d’un troupeau. Ils s’attaquent toujours au maillon faible. Si l’entreprise veut perdurer, elle doit être aux aguets et en donner la preuve. C’est là que la dimension influence face au monde criminel entre en jeu. Avec une communication fine, donnant des signaux subtils qui démontrent que l’entreprise a conscience de la menace criminelle et entend bien la traiter – y compris sur le plan informationnel via une stratégie d’influence –, l’entreprise se dote de nouveaux atouts. D’où la nécessité pour l’entreprise de faire appel à des experts pour l’aider et l’accompagner concrètement, tant dans les aspects techniques que communicationnels. » Remplaçons ici le mot entreprise par Etat, et nous entrons de plain-pied dans le champ politique, entendu non au sens de rivalité gauche-droite, mais au sens d’interrogation sur notre devenir et celui de la communauté de destin à laquelle nous appartenons. C’est là que se livre la bataille des idées qu’évoque Xavier Raufer. En l’occurrence, il s’agit ni plus ni moins que de savoir s’adosser au réel pour lancer des opérations de contre-influence dans cette guerre informationnelle…

Bruno Racouchot, Directeur de Communication & Influence

Le site de Xavier Raufer 

La revue Sécurité Globale 

Télécharger le n°51 de Communication & Influence de janvier 2014

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