4 mars 2014 – Communication, influence, démocratie et opinion publique

Publié le 4 mars 2014 par Bruno Racouchot

Il existe indéniablement aujourd’hui une conjonction curieuse entre rejet de l’Europe, défiance à l’endroit de la démocratie et montée en puissance des opinions publiques qui se démarquent de plus en plus des élites et des faiseurs d’opinion. Universitaire et géopolitologue de renom, ancien conseiller au sein des cabinets ministériels de Jean-Pierre Chevènement et de Pierre Joxe, Pascal Boniface a créé en 1990 l’IRIS (Institut des relations internationales et stratégiques), puis la Revue internationale et stratégique l’année suivante. Dans un entretien récemment publié par l’hebdomadaire Le nouvel Economiste, il met en évidence cette coupure entre l’opinion publique et ceux qui se targuent d’être des créateurs ou relais d’influence : « Concernant le pouvoir en place, le problème n’est pas que la coupure entre les élus et le peuple est plus importante que par le passé mais qu’elle est plus flagrante depuis que les gens disposent d’une capacité de contrôle et de critique accrue : aujourd’hui, toute erreur est pointée, toute incohérence est détectée et révélée. Il existe trop de moyens d’information pour que l’on puisse encore croire au discours dominant sans le remettre en cause. Face à cette réalité on constate chez nos élites un réel problème d’adaptation. Tout comme le monde occidental tarde à s’apercevoir que son monopole est brisé, de même nos politiques et hommes d’influence peinent à voir qu’ils n’ont plus le monopole de la prescription. Cette coupure entre les élites et la base génère une fatigue démocratique. Plus exactement, une lassitude face aux anciens modes de représentation car parallèlement à cela, la société civile fait preuve d’un fort dynamisme. »Cette société civile entend désormais compter dans le jeu politique, économique et social. « Partout dans le monde, l’opinion publique prend le pouvoir. Et ceci ne se limite pas seulement aux démocraties mais se vérifie dans tous les régimes. Même dans les pays où l’on ne choisit pas librement ses gouvernants, on trouve une société civile qui s’exprime et qui exerce une forme d’influence. » Pour bien comprendre la nature de cette coupure entre l’opinion publique et ceux qui dirigent et prétendent faire l’opinion, Pascal Boniface prend en compte de manière prioritaire deux éléments-clés : la nécessité de sortir de l’immédiateté, donc la réhabilitation du temps long ; la capacité à faire preuve « d’intelligence culturelle », c’est-à-dire comprendre que nos repères ne sont pas forcément valables universellement, deux paramètres bien connus des lecteurs de Communication & influence. « L’Histoire est longue à s’écrire et la première erreur d’analyse consisterait à penser que les choses peuvent changer en un an ou deux. On tend à l’oublier mais les soubresauts sont nécessaires : ils sont l’Histoire en marche et l’Histoire ne se fait pas au rythme des quotidiens. Or de notre côté, nous sommes pressés de décrypter les choses, de leur donner un sens et, souvent, de dresser des comparaisons qui n’ont pas lieu d’être pour faire rentrer les choses dans des cases. C’était le cas avec les événements du Printemps arabe et les illusions démocratiques qu’ils ont véhiculées. » Exercer une influence authentique, ce n’est donc pas partir de présupposés idéologiques ou prétendument moraux, mais bien plutôt s’efforcer de comprendre l’intégralité des paramètres du cadre au sein duquel on veut évoluer.

Bruno Racouchot, Directeur de Communication & Influence

Lire la tribune de Pascal Boniface dans Le nouvel Economiste

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